“Ma proche banlieue”, une exposition de Patrick Zachmann
Du 26 mai au 11 octobre, Patrick Zachmann présente à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à Paris, le fruit de plus de trente ans de travail sur les thèmes de la mémoire, de l’identité et de l’immigration. Le photographe pose un regard sensible sur les banlieues françaises et leurs habitants. Sur ces hommes et ces femmes qui affrontent au quotidien un univers urbain difficile. L’exposition emmène des quartiers nord de Marseille à La Courneuve, de Sarcelles à Villiers-le-Bel, en passant par Evry ou Dunkerque. Un voyage émouvant.
Quartier nord de Marseille. Chérif, Yahia et Hocine. Cité Brassens, juillet 2007 / © Patrick Zachmann/Magnum Photos
Le Musée de l'histoire et des cultures de l'immigration a pour mission première de faire reconnaître l’histoire de l’immigration. L’exposition “Ma proche banlieue” s’inscrit parfaitement dans cette volonté. Patrick Zachmann, photographe reconnu de l’agence Magnum, y interroge l’identité des habitants des banlieues. Ce questionnement n’est pour lui pas nouveau.
Dans les années 80, il anime un stage de photographie auprès de jeunes des quartiers nord de Marseille. De 2006 à 2008, il décide de retrouver ceux qu’il avait photographiés vingt-cinq ans plus tôt. Les deux séries sont exposées à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Pas de longs discours pour décrire le destin parfois brutal de ces jeunes. Les deux photos de César parlent d’elles-mêmes : la première, prise en 1984, le montre posant fièrement à l’occasion de la fête de la jeunesse ; en 2006, le même César vit dans la rue, enroulé dans une couverture, il ne pose plus. Grâce à ce travail de longue haleine, Patrick Zachmann dépasse les clichés associés aux “jeunes de banlieue” et à leur quartier. Il ne les suit pas au rythme des violences qui bouleversent leur vie mais à celui de leur parcours individuel. Ainsi, on peut découvrir les deux photos de Chérif. Les deux fois, il est photographié avec sa mère. Rien ne semble avoir changé. Quelques rides en plus peut-être, ce même sourire et toujours la main sur l’épaule de sa mère, dans un geste pudique et tendre.
Paysages de la banalité
L’exposition est conçue comme un parcours à travers différentes séries. Les photographies en noir et blanc prises dans les jardins ouvriers apportent une vision poétique d’une certaine banlieue “en voie de disparition”, constate Patrick Zachmann.
Pour Paysages de la banalité, le photographe rompt avec ses habitudes et choisit la couleur. Il montre les barres d’immeubles, les voies ferrées, ces no man’s land banlieusards. “Loin des photographies de presse et des reportages télévisés s’intéressant généralement à la banlieue lorsque la violence éclate et sans nier cette réalité, je souhaitais révéler une image urbaine sous la forme la plus visible, la plus quotidienne. A la fois banale, tranquille et ennuyeuse”, explique-t-il.
Toujours en couleur, les photos chatoyantes de Fama, Djenaba, Astan, Awa et Kani qui posent pour le photographe dans la salle polyvalente d’Evry. Le hall sert de studio photo. A la rupture du jeûne de ramadan, les femmes arborent avec une certaine fierté leurs boubous colorés.
Enquête d’identité
Patrick Zachmann s’intéresse aussi à sa propre famille. Avec toujours cette volonté de se plonger dans la quête d’identité mais, cette fois, la sienne, juive et française, “brouillée à la fois par le silence de mes parents sur leur passé et par leur volonté d’intégration à la société française”. Très personnelle, cette série aborde le sujet de la mémoire. Le photographe confie que “les planches contacts sont devenues [son] journal intime”. La vidéo fait également partie du parcours de l’exposition avec notamment un film intitulé La mémoire de mon père, témoignage poignant d’un père juif qui accepte pour la première fois de parler à son fils par le biais de la caméra.
L’exposition mêle avec brio photographies, vidéo et son. Une belle occasion de découvrir le travail de ce photographe hors normes.
"Ma proche banlieue", à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 293, avenue Daumesnil, Paris 12e, jusqu'au 11 octobre.
Jessica Lamacque